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Formulaire de recherche

Yesodot

Goni Shifron, Yesodot
Grand projet, Scénographie, 2016
En 1916, un groupe de juifs nomades installe une cabane en bois sur une colline inhabitée, connue dans la région de Galilée comme : la colline des vents. C’est l’acte fondateur du kibboutz Kfar Guiladi, situé aujourd’hui en Israël. Dans les années trente, mes grands-parents y sont nés. Ils n’avaient aucune notion de frontière liée à un État, ni possession matérielle au sein de l’espace du kibboutz.
  • © EnsAD / Mathieu Faluomi
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Descriptif

Informations

Lors d’une visite, je les interroge sur la transformation des espaces du kibboutz depuis leur premier souvenir. Ils me racontent qu’à l’époque le mot maison leur était étranger. L’espace qui leur servait de toit n’était jamais un lieu stable, des espaces toujours petits sans objets ou vêtements personnels, seulement le nécessaire pour vivre. Leur sentiment d’appartenance concernait l’extérieur et les espaces collectifs de la communauté. Je suis intriguée par un tel rapport à la vie, dépouillée de matérialité, et par l’origine de ces communautés. Mon projet débute par la lecture de témoignages de pionniers de cette période de l’avant deuxième guerre mondiale, avant la création de l’État d’Israël. Mon arrière-grand-père, Yosef Melamud et Joseph Barratz (l’un des fondateurs de la première communauté appelée kibboutz, qui, sans théorie préalable, a établi les bases de ces lieux utopiques et uniques) sont deux témoins qui m’ont éclairée sur l’origine de ce rapport au ‘ chez soi ’ et au ‘ à soi ’. Reformulant leur réflexion avec mes propres mots :

J’entreprends un voyage pour retracer les chemins des deux Joseph. Je pourrais ainsi saisir un fragment de leur réalité, l’essence de leur motivation et de leur environnement. Je suis la trajectoire du fleuve Jourdain : depuis le Galilée, en passant par la Cisjordanie jusqu’à la mer Morte. J’aperçois une différence flagrante entre les images d’archives et le paysage d’aujourd’hui : leurs communautés semblaient autrefois perdues dans d’immenses espaces vides. Maintenant, ces territoires m’apparaissent non seulement habités mais possédés, contrôlés, privatisés. Près de la mer Morte, en découvrant les ruines d’une petite communauté disparue, je suis enfin face au témoignage du vide qui fait écho aux images de l’époque des deux Joseph. Autour il n’y a rien, seulement une vaste étendue de sel dur, formée
après que l’eau se soit évaporée. Je ressens les idées extrêmes de l’époque - s’installer là où les conditions sont arides. Les terres étaient infertiles. Les pionniers, arrachés à leur environnement d’origine, sont venus avec un rêve de tout recommencer à zéro. Puis, en me baignant dans la mer Morte, mes pieds nus sont blessés par un élément coupant. Je plonge la main dans la boue et trouve un cristal de sel en forme parfaitement cubique. Je suis fascinée par ce phénomène naturel, que je me figure comme une unité de construction. La mer Morte est en train de disparaître, laissant derrière elle un gisement secret d’éléments de construction naturels, enfouis sous la boue.

Je souhaite transposer en un projet sensible cette réalité observée, dans laquelle chaque élément de construction est visible dans le vide. Cela permet de révéler ce qui a disparu de cette époque, enterré sous les incessants conflits politiques. Quelle est la réduction élémentaire
nécessaire afin de transmettre le rapport à l’espace qui habitait les pionniers ? L’axe principal de mon projet est la question des fondations. J’observe les fondations comme l’économie d’un espace habitable, les racines de l’édifice. Les fondations sont un point zéro, ils laissent
la question de l’avenir et du passé ouverte – quelque chose va avoir lieu ou a eu lieu ? Or, si les espaces sont en transformation permanente, peut-on envisager des fondations dérisoires, fragiles ?

Je souhaite créer, lors d’une performance, l’unité de base essentielle pour actionner ces fondations muables dans un espace-temps vivant. Pour cela, je fabrique un élément de construction original, en céramique, qui guide la manipulation des interprètes par son aspect à la fois solide et fragile. Cette recherche m’amène à écrire une partition basée sur deux cycles d’action : bâtir des fondations ave ces éléments sur un fragment de territoire en sel, déplacer le tout vers un autre point de l’espace puis recommencer. J’imagine cette performance dans des lieux qui possèdent une certaine qualité de vide, de silence, éclairés par la lumière naturelle. La fragmentation de l’espace, la mise en action et le choix des matières (sel et céramique) forment ma vision sur l’expérience de ces pionniers. Les actions sont réduites à l’élémentaire mais chargées de volonté et de tentatives de partage, dans cet espace où les frontières n’étaient pas encore dessinées.

Étudiant(s)
Goni Shifron
Titre
Yesodot
Type
Grand projet
Secteur
Scénographie
Année
2016