Le jacLab : Et si votre diplôme se tissait ?

© Béryl Libault

Une exposition consacrée au jacLab est visible dès ce lundi dans le hall d'accueil de l'École. L'occasion de revenir sur ce laboratoire pas comme les autres, né il y a cinq ans et qui continue de réunir chaque année des étudiant·es de tous les secteurs autour du tissage jacquard.

    Le jacquard : une technique fondamentalement inclusive

    Le jacquard est une technique de tissage qui permet de déployer des dessins complexes fil par fil. Dans un tissu jacquard, chaque fil de chaîne (vertical) peut se lever indépendamment, ce qui rend possible la création d'images détaillées directement dans la matière — là où d'autres techniques de tissage se limitent à des motifs simples ou à de la texture pure. Proche de la tapisserie par son rendu, mais plus souple et rapide à réaliser, il est aujourd'hui utilisé par de nombreux artistes contemporains. Son nom vient de Joseph-Marie Jacquard, tisserand lyonnais qui breveta le métier perfectionné en 1800.

    Ce qui rend le jacquard particulièrement riche comme outil de création, c'est son caractère fondamentalement inclusif : graphisme, couleur et matière ne peuvent pas être dissociés. Choisir un fil, c'est déjà choisir un rendu, une lumière, un toucher.

    Qu'est-ce que le jacLab ?

    Le jacLab est un laboratoire de recherche et de pratique textile ouvert aux étudiant·es de dernière année de tous les départements de l'École des Arts Décoratifs. Sans notes ni crédits ECTS, il fonctionne sur la base du volontariat et du faire ensemble : deux heures de présence hebdomadaire, des échanges réguliers, et un projet personnel à mener jusqu'au tissage. Il est encadré par Orsina Visconti, enseignante en Design Textile et Matière, et les responsables d'atelier tissage Laura Bartier et Mona Cara.

    Un laboratoire né du besoin de lien

    La pandémie de Covid-19 a profondément désorganisé la vie à l'École : cours à distance, ateliers fermés ou à jauges très restreintes, isolement des étudiant·es. Pour beaucoup, cette période a été synonyme de création solitaire, coupée des lieux, des outils et des pairs.

    Né à la rentrée 2021, le jacLab est une réponse directe à ce contexte : recréer un espace physique de présence commune, où l'on travaille côte à côte, où les idées circulent, où le contact avec la matière remplace l'écran. À l'origine du projet, trois personnes - Orsina Visconti, Roland Schar et Isabelle Richard - réunies par un intérêt commun pour l'image et la matière textile, et par l'envie simple de se retrouver dans la même pièce pour travailler.

    Depuis, l'équipe s'est étoffée : les responsables d'atelier Mona Cara et Laura Bartier accompagnent aujourd'hui les élèves aux côtés d'Orsina Visconti.

    Le jacquard comme outil de recherche

    Au jacLab, le jacquard n'est pas enseigné comme une technique à maîtriser pour elle-même. Il devient un médium de recherche : un moyen de donner une présence physique et matérielle à des idées, des images, des récits.

    Ce qui fascine dans cette technique, c'est précisément son exigence : on ne peut pas dissocier le graphisme, la couleur et la matière. Chaque choix engage tous les autres. Un même dessin tissé en lin sec ou en laine mohair donnera deux objets radicalement différents. Un contraste fort entre chaîne et trame fait éclater le dessin ; tissé blanc sur blanc, il disparaît presque. C'est cette tension constante entre l'intention et la matière qui nourrit la recherche.

    Les projets qui en résultent sont profondément personnels. Antoine Cleret, membre de la promotion 2025–2026, travaille sur des sculptures murales inspirées de motifs de sièges et de tissus d'ameublement : il utilise le jacquard pour créer des textiles qui habillent ses sculptures tout en révélant leur structure interne. « C'est à l'intérieur d'une fausse usure que se révèle la construction du textile », explique-t-il.

    Une pédagogie ancrée dans la pratique

    Le jacLab propose un mode d’apprentissage direct : les étudiant·e·s découvrent le tissage jacquard en expérimentant. La technique ne s’enseigne pas de manière théorique, mais se construit progressivement, à travers les essais, les ajustements et les échanges.

    L’organisation repose sur une relation non hiérarchique. Les encadrant·es accompagnent les projets sans imposer de méthode, et le savoir-faire se partage selon les besoins. Ce fonctionnement permet à chacun·e de développer son projet tout en s’appuyant sur les retours du groupe.

    « Le jacLab se propose plus comme un parcours de recherche et de partage par le faire que comme un cours classique ou une transmission de techniques. La variété des parcours des participants déterminera les directions de travail et fera la richesse de la recherche. » Orsina Visconti

    Un espace au service des projets de diplôme

    Lors de la première année (2021-2022), un petit groupe pionnier s’est formé, ouvert aux dix secteurs et aux étudiant·e·s de 4e et 5e années. Seul le secteur Image Imprimée a répondu en nombre, accompagné de deux étudiantes de Design Textile et Matière et d’un étudiant de Design Graphique.

    La deuxième année, le bouche-à-oreille fait croître le nombre de candidat·es, rendant nécessaire une sélection : le parcours est depuis réservé aux étudiant·es de dernière année, pour qui le jacquard peut s'intégrer directement au projet de diplôme.

    La temporalité est pensée en conséquence : les rencontres débutent en octobre et le tissage se termine en mars. Cela oblige chaque étudiant·e à réfléchir très en amont et garantit que le jacquard ne soit pas un simple ajout, mais qu’il puisse, dans certains cas, contribuer directement à la structure même du diplôme.

    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
      Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault
    • Expo Jaclab - Ecole des Arts Décoratifs - crédits Béryl Libault

    Un dispositif libre et transversal

    Sans crédits ni évaluation, le jacLab repose sur le volontariat. Cette liberté implique une participation active et régulière : il est demandé d’être présent deux heures par semaine et de prendre part aux échanges, qui constituent la base du travail collectif.

    Ouvert à l’ensemble des secteurs, il réunit des étudiant·es aux pratiques variées : design graphique, image imprimée, scénographie, cinéma d’animation, architecture intérieure, art-espace.... Les projets restent individuels, mais les regards croisés enrichissent les démarches.

    Depuis sa création, le dispositif a évolué et s’est élargi, tout en conservant son principe initial : proposer un espace de recherche partagé, où les approches se confrontent et se nourrissent mutuellement.

    En cinq ans, les dix secteurs de l'École ont tous participé à l'aventure, sans exception.

    Tisser des liens, au sens propre comme au figuré

    Plus qu’un atelier, le jacLab est un espace où se construisent des relations : entre disciplines, entre participant.es et encaadrant.es, entre idées et matières.

    Dans une ambiance à la fois exigeante et ouverte, chacun·e développe son propre chemin tout en évoluant au contact des autres.
    Les idées circulent, les projets se transforment, les parcours se croisent.

    Et parfois, ce qui commence comme un élément de diplôme devient quelque chose de bien plus central.

    Antoine résume l'ambiance en trois mots : « Technique, partage, entraide. »

    Vous êtes étudiant·e en M2 ? Rejoignez le jacLab

    Le jacLab recrute chaque année en octobre un nouveau groupe de participant·es.

    Le parcours est ouvert à tous les départements, sans ECTS ni évaluation. Il s'adresse aux étudiant·es de M2 en début de construction de leur projet de diplôme - c'est précisément le bon moment pour se demander si le jacquard pourrait en faire partie.

    L'engagement attendu est simple mais réel : être présent·e d'octobre à mars, à raison de deux heures par semaine, et participer activement aux échanges du groupe.

    Pour s'inscrire à la session de recrutement (inscription préalable obligatoire) : orsina.visconti@ensad.fr

    L'exposition dans le hall vous donnera un aperçu concret de cinq ans de tissage, de recherche et de rencontres.
    Venez voir les créations de la promotion 2025–2026 :

    • Antoine Cleret — Art-Espace
    • Mathias Quinton — Design Graphique
    • Jade Poisson de Souzy — Architecture Intérieure
    • Felix de Saint Priest — Design Vêtement et Accessoire
    • Gao-Thang Pham — Design Graphique
    • Flore Laissus — Design Graphique
    • Ayline Le Sourd — Design Graphique