S’engager dans la création… et dans la transmission
Que devient votre pratique artistique une fois sortie de l’École ? Peut-elle aussi être un espace de rencontre, de partage, d’expérimentation collective ?
Avec le programme Artiste Intervenant en Milieu Scolaire (AIMS)(lien page du site), l’École propose à de jeunes diplômé·es de prolonger leur recherche artistique dans un cadre où la création se confronte directement à d’autres publics, d’autres contextes, d’autres réalités sociales.
Pendant un an, les artistes en résidence développent leur travail personnel tout en menant un projet artistique avec des élèves de primaire ou de collège en Île-de-France, dans des établissements situés en réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+). Ce cadre n’est pas anodin : il inscrit pleinement AIMS dans l’engagement de l’École en faveur d’un accès élargi à l’art et à la création, là où les inégalités d’accès à la culture sont les plus fortes.
Porté avec le soutien du ministère de la Culture et en lien avec l’Éducation nationale, le programme affirme une conviction forte : la rencontre avec un·e artiste peut ouvrir des possibles décisifs dans les parcours des élèves.
Une expérience à la fois artistique, professionnelle et humaine, souvent déterminante dans un début de parcours.
« La rencontre avec l’artiste intervient dans les angles morts du système éducatif […] l’élève rencontre un artiste et peut alors s’engager dans une direction à laquelle il n’aurait peut-être pas songé autrement ». Emmanuel Tibloux
Alice Coquelle : une pratique textile entre science-fiction et résistance, prolongée par le collectif
Diplômée en Art Espace en 2025, Alice Coquelle a développé une pratique nourrie par les imaginaires de la science-fiction anticoloniale et utopiste, en lien avec les notions d’effondrement. Le textile et le costume y occupent une place centrale, comme supports de narration et de construction de personnages issus d’espaces parallèles.
Son projet de diplôme, « Armure cousue main (c’est la fin du monde et c’est stressant) », avait prolongé cette réflexion en faisant du textile un espace sensible de résistance et de réparation, où l’ouverture à l’étrange permettait de repenser le monde.
Déjà à l’École, son travail interrogeait les formes de résistance, de soin et de fabrication du collectif. Avec AIMS, cette recherche quitte l’espace du diplôme pour se confronter à un terrain concret : la classe, dans un contexte scolaire où les temps et les espaces de création sont souvent rares.
Une résidence à Gennevilliers, comme espace de rencontre
En résidence à l’école Jean Lurçat à Gennevilliers, Alice Coquelle poursuit ce travail avec une classe de CP et CE2. Les élèves découvrent différentes techniques textiles - tissage, peinture sur tissu, création de motifs, patchwork - ainsi que des pratiques d’arts plastiques, avant de créer leurs propres personnages, venus de monde parallèles imaginés par Alice Coquelle.
Au fil des séances, le projet devient un espace partagé : les imaginaires circulent, les gestes se transmettent, et la création se construit à plusieurs.
À travers ces expérimentations, le projet explore une histoire du lien et du soin, où la répétition des gestes et l’attention portée aux détails ont ouvert un autre rapport au temps : plus lent, plus attentif, et orienté vers la fabrication collective d’un monde plus agréable à habiter.
Yasmina Shahin : représenter et transmettre par les formes éditoriales
Diplômée de l’École en Image imprimée (2024), Yasmina Shahin a inscrit son travail dans une réflexion autour de la transmission, des pratiques éditoriales et des représentations des corporalités minorisées, à travers des installations et des objets-livres.
Son projet de diplôme, « Interstices », interrogeait les images dominantes, les stéréotypes et les enjeux d’autoreprésentation.
Avec AIMS, elle prolonge ces questionnements dans un cadre collectif, en travaillant directement avec les élèves sur la fabrication et la circulation des images et des récits.
Une démarche qui prend une dimension particulière dans le cadre de l’éducation prioritaire, où les questions de représentation et de prise de parole sont centrales.
Le cas du livre animé : apprendre à faire émerger des formes… et des idées
Dans le cadre du programme AIMS, Yasmina Shahin mène un projet avec une classe de CM1/CM2 de l’école Lili Boulanger à Saint-Denis, autour de la technique du livre animé (pop-up).
À partir de pliages, découpes et mises en volume, les élèves conçoivent leurs propres pages et expérimentent les différentes manières dont une forme, une image ou une idée peut apparaître dans l’espace du livre. Très vite, la question dépasse la technique : comment une image raconte ? qui parle ? comment un savoir se construit et se partage ?
Ce travail autour du papier devient une manière d’interroger la construction des connaissances et la façon dont un savoir peut prendre forme, circuler et se transformer.
Ce travail permet ainsi de croiser expérimentation plastique, geste éditorial et construction
Une année pour structurer sa pratique
Le programme AIMS permet aux jeunes diplômé·es de faire évoluer leur pratique dans un cadre exigeant, tout en acquérant une première expérience professionnelle structurante.
Chaque artiste en résidence :
- développe son projet personnel,
- intervient chaque semaine en milieu scolaire (environ 15 à 20h),
- bénéficie d’un espace de travail, - reçoit une bourse de 12 000 €,
- et conclut l’année par une restitution publique et un mémoire de recherche sur la transmission.
Pensé comme une 6e année, le programme constitue un véritable point d’entrée dans des pratiques artistiques hybrides, où création et transmission se nourrissent mutuellement.
Et si c’était vous ?
Les candidatures pour l’année 2026–2027 sont désormais ouvertes.
S’engager dans AIMS, c’est faire le choix d’une année où votre pratique artistique se transforme au contact des autres - élèves, enseignant·es, territoires.
C’est aussi s’inscrire dans une démarche engagée, au croisement de la création artistique et des enjeux d’égalité d’accès à la culture.
Une année pour tester, transmettre, douter, expérimenter… et peut-être redéfinir votre place en tant qu’artiste