Paola Bazelaire-Ferré

Eurydice merci, j'ai refermé la plaque 

Paola Bazelaire-Ferré

Eurydice merci, j'ai refermé la plaque 

Paola Bazelaire-Ferré ©Mathieu Faluomi

« Les femmes, elles, se font enlever, elles se font violer, elles se font enfermer, elles se font pénétrer. Mais on peut croire qu’Eurydice aime bien fuir la surface, où les hommes lui disent quoi faire ».

Le projet

Peut-être qu’être une femme et aimer descendre dans les catacombes aujourd’hui, c’est dire « merde » aux textes des hommes qui nous apprennent à avoir peur, qui nous éduquent à avoir peur. Dans ces textes, les héros qui traversent les souterrains, qui traversent l’épreuve de la descente et de la remontée, ce sont des hommes. Les femmes, elles, se font enlever, elles se font violer, elles se font enfermer, elles se font pénétrer. Mais on peut croire qu’Eurydice aime bien fuir la surface, où les hommes lui disent quoi faire. Dans les catacombes elle a trouvé un espace fluctuant, loin de la rigidité de la ville, un espace où elle rampe si elle veut, où elle crie si elle veut, où le temps n’est pas dicté par la productivité, où l’on peut s’arrêter et se perdre. Les catacombes, c’est un autre monde, où l’on peut rêver, et cet opéra permet de rêver d’un autre monde. Faire chanter Eurydice dans les catacombes, c’est poser une petite pierre dans cet autre monde. C’est arracher l’opéra aux salons bourgeois, l’extraire de toutes ses dorures et son caviar. C’est mettre les interstices en musique. Et il semble que c’est ce qu’il nous reste, les interstices.

Légende : L’éclat d’Eurydice, film [10'] / performance (chant lyrique, composition sonore) / acier / céramique / sérigraphie