In Dolor We Trust
Rose Vidal
In Dolor We Trust
« Je suis aimante de mes fantômes ; et leur amour oblige toute mon écriture ».
Le projet
« De l’actualité aux photographies de mon enfance, des œuvres que je regarde aux clichés qui s’imposent, des images me traversent et structurent mon rapport à la douleur. Je n’ai jamais pris la peine de bien les regarder, sans doute parce que je n’ai jamais bien su quel regard porter dessus. C’est pourquoi elles m’ont discrètement hantée – non pas parce qu’elles reviennent chaque jour me terrifier, mais parce qu’elles se nouent les unes aux autres, et puis à mes pensées, comme une vaste toile d’araignée que le moindre de mes gestes réactive sans cesse, sans jamais rien régler.
J’ai cessé de chercher à les neutraliser – en les épinglant comme des papillons dans des boîtes hermétiques, ainsi qu’on s’imagine régler leurs sorts aux douleurs, aux peurs et aux frustrations. J’ai préféré apprendre à les dessiner, pour me familiariser avec leurs traits, je les ai aimantées comme on dispose des photos sur la porte de son frigo. Disponibles, disposées au regard. À portée de la main qui peut les échanger et les faire circuler, les évaluer et les mettre en valeur. Je les ai formées pour les déformer, figurées pour les reconfigurer.
Dans ce champ magnétique des images qui me hantent, je forme mes fantômes. Eux m’informent en retour, de l’esprit du temps, le mien, le vôtre, le nôtre. Je compose un corps fantôme, fonds de présences plus ou moins familières, de voix et de gestes aimants qui prennent le relais lorsque je m’essouffle ou que je perds mes mots. Je suis aimante de mes fantômes ; et leur amour oblige toute mon écriture ».
Légende : Bloc d'imagerie opératoire