Antonin Mongin

L’Artisanat d’art du cheveu coupé : Le cheveu comme matière à création d’une recherche par la pratique du design textile

Antonin Mongin

L’Artisanat d’art du cheveu coupé : Le cheveu comme matière à création d’une recherche par la pratique du design textile

Soutenance de thèse Antonin Mongin - © Victoria Tanto
Soutenance de thèse Antonin Mongin - © Victoria Tanto

« Le cheveu coupé est de ce fait, un matériau à part dans l'histoire des métiers d'art comme en sciences des matériaux. »

Le projet

De par sa nature imputrescible, et le vécu de l'individu dans sa structure, le cheveu présente des propriétés d'élasticité, de résistance, de plasticité, d'hydrophilie, et hygrométriques. Ses attributs (d'origine et identitaires), et les valeurs qui lui sont attribuées, sont plus ou moins symboliques (profanes et sacrées). Ils permettent de l'assimiler à une fibre, ayant déjà été utilisée pour la création d'objets décoratifs ou de témoignages au XIXe siècle. Le cheveu coupé est de ce fait, un matériau à part dans l'histoire des métiers d'art comme en sciences des matériaux. L'ensemble met en tension notre question de recherche : « Comment réveiller, en le réinventant de manière pérenne, « l'Art de travailler en cheveux » ? ». S'il est indispensable de préciser ce qu'est une recherche par la pratique du design (sa distinction dune simple pratique), avec sa mobilisation récurrente des activités relevant de la recherche, on notera que ce travail s'inscrit dans la continuité des résultas pratiques obtenus lors du projet de diplôme « Relic'Hair » en design textile et matière, développé à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à partir de 2015. Cette recherche par la pratique, bien que faisant appel à des compétences de création liée à une formation initiale en design textile, s'invente pour entrer en dialogue avec le questionnement sur le cheveu coupé, dans sa matérialité et dans ses représentations. L'objectif est de le situer dans une nouvelle catégorie de matière à création destinée à l'artisanat d'art, aux propriétés spécifiques et aux valeurs d'origine, de remémoration intentionnelle, historique (de savoir-faire), symbolique et sentimentale liées à leurs propriétaires, renouant avec les prémices et l'âge d'or de « l'Art de travailler en cheveux » au XIXe siècle. Cette recherche confronte et analyse les spécificités de tout artisanat d'art, notamment ses notions de savoir-faire et ses résultats associés. En particulier, elle nous invite à s'intéresser aux relations qui peuvent exister entre métiers d'art et innovation. Une exploration historique de « l'Art de travailler en cheveux », de sa genèse à son éclipse, nous permet d'identifier certaines causes de sa disparition. Transformées en premières hypothèses, elles rejoignent les clés de lecture des grandes variations des pratiques autour de l'utilisation des cheveux coupés sur plusieurs siècles (en artisanat d'art et en design). Au fil de nos expérimentations, nous introduisons des séries d'hypothèses à valider - tout en obtenant des résultats de praticiens - des objets en sur-mesure, spécifiques comme les cheveux coupés liés au projet, à son propriétaire et commanditaire. Ainsi, nous interrogeons ce matériau « humain », en travaillant sur ses particularités et en faisant appel à des notions de valeurs complémentaires aux propriétés habituellement prises en compte en science des matériaux. Les premiers résultats visent à relancer une pratique artisanale éclipsée depuis le début du XXe siècle, pour des raisons qui servent de socle à sa renaissance, et expérimentées par autant de preuves de concept. Nous proposons un cheminement méthodique initiant le réveil d'un métier d'art par une recherche par la pratique du design textile, où le geste, contrairement à ce que peut nous faire croire la littérature sur l'apprentissage, ne se transmet pas, mais s'invente au cours d'un projet, à condition de travailler le matériau comme un tout, et non par sa seule partie ramenée à sa matérialité.

Auteur·rice : Antonin Mongin
Directeur·rice : Jean-François Bassereau
Discipline : SACRe, design
Date de soutenance : 2022
Établissement : Université Paris sciences et lettres
École doctorale : École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales (Paris ; 2010-....)
Jury : Tincuta Heinzel (président·e), Jean-François Bassereau, Anne Monjaret, Denis Bruna, Philippe Vroman, Aurélie Mosse
Rapporteur·euse·s  : Anne Monjaret, Denis Bruna