Entretien avec Marion Nielsen, responsable du groupe de recherche Territoires au sein d'EnsadLAB

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Responsable du groupe de recherche Territoires (Ensadlab) Marion Nielsen nous présente les ambitions, les méthodes et les projets portés par cette équipe de recherche-création. Ancré dans les pratiques de terrain, le groupe explore la manière dont le design peut accompagner les transformations sociales, écologiques et territoriales contemporaines.

    Quelle ambition a présidé à la création du groupe de recherche ?

    La création du groupe de recherche Territoires est née de l’envie de documenter et de développer au niveau académique les pratiques de terrain en design, qui évoluent depuis une trentaine d’année. A l’école, la partie pratique et professionnelle du design situé est présente dans plusieurs secteurs, et est renforcée par les post master design des territoires.

    Le groupe de recherche quant à lui accompagne des doctorant·es en recherche-création dans des contextes territoriaux divers, en incluant pour chaque réponse de conception une pratique réflexive et théorique sur les méthodologies de travail et l’impact des propositions sur le terrain.

    Comment définir l'approche du groupe en quelques mots ? Ce qui fait sa singularité ?

    Le groupe de recherche Territoires développe les définitions du design situé, ses pratiques, méthodes, outils ; il analyse et conçoit des propositions formelles et leurs impacts sur les territoires socio-économiques et écologiques sur lesquels ce design se déploie. Pour cela, nous construisons et mettons en commun des méthodes et procédés issus du design-enquête, pour définir les problématiques et enjeux dans et depuis le terrain. Nous arpentons ainsi beaucoup de lieux différents, avec des acteur·ices du design, de l’architecture et du paysage, mais aussi des politiques publiques, des voisin·es, associations, écoles...

    Quels sont les grands enjeux qui mobilisent aujourd'hui vos recherches ?

    Nos recherches d’inscrivent dans une approche écosystémique du monde et des activités du design : chaque proposition est attentive au contexte dans lequel elle s’inscrit, chaque transformation ou addition de matière et d’usage est envisagée à plusieurs échelles spatio-temporelles, pour faire (et faire avec) des programmes, aménagements et situations les plus durables et respectueuses de ce qui existe.

    © Marion Nielsen
    © Marion Nielsen

    Quel rôle les designers et les artistes peuvent-ils jouer face aux défis de transformation des territoires ?

    Les concepteur·ices doivent rester modestes sur leur capacité à transformer les territoires : pour le groupe de recherche, les designers et artistes ont des compétences créatives qui se déploient à plusieurs niveaux. D’abord dans la description et l’interprétation d’un territoire. Ils jouent un rôle dans la fabrication de supports de narration et de médiation, dans les protocoles de mises en commun et en partage de ces questionnements matérialisés depuis l’enquête, pour aider à démontrer les enjeux et définir les programmes de transformations. Ensuite, par le test de dispositifs de préfiguration et en imaginant les modalités de pérennisations de leurs prototypes d’aménagements, d’évènements, de collectivisation.

    Comment ces questionnements et travaux de recherche irriguent-ils l'enseignement en licence et en master à l'École ?

    Ces questionnements sont actuellement très présents dans le milieu du design et de l’art, je ne dirais pas qu’ils irriguent l’enseignement en licence et master mais plutôt que c’est un aller-retour fertile entre le monde professionnel, l’école et la recherche. De mon côté, je familiarise les étudiant·es et enseigne ces méthodes et pratiques dans le secteur nouvellement renommé Design Architecture Milieu, en Licence principalement, mais aussi en Master 1.

    Peux-tu nous partager un projet ou une démarche marquant/à l'image du groupe de recherche ?

    Je pense à deux projets de recherche en cours :

    1) Le le doctorat d’Adélaïde Papay, porté par un financement Cifre de l’Etablissement Public du Par cet de la Grande Halle de la Villette. C’est un projet de thèse SACRe, co-dirigé à l’EnsaLab et au laboratoire ACS de l’école d’architecture de Malaquais par Alice Sotgia, maîtresse de conférence HDR, qui a débuté en décembre 2025 et qui explore les modèles d’anticipation des dérèglements climatiques sur l’espace public et appréhende le parc comme un système dynamique, où l’imprévu et l’aléa deviennent des ressources pour l’action.

    2) Le petit projet SILLON, développé avec le designer Tom Hébrard, financé par le PEPR ICCARE (qui bénéficie d’une aide de l’État gérée par I’Agence nationale de la recherche au titre de France 2030 portant les références ANR-23-PEIC-0001, co-financé par la DRAC Auvergne Rhône-Alpes et la Fondation de France), explore les influences réciproques entre mondes paysans et industries culturelles et créatives, à la croisée du design, de la musique, du spectacle et des sciences sociales. À travers des carnets de chant, veillées, ateliers d’écriture, résidences artistiques et rencontres interprofessionnelles, le projet étudie comment des formes culturelles héritées du monde paysan continuent de transmettre des manières d’habiter, de coopérer et d’agir ou encore de lutter collectivement. Il s’intéresse également à la manière dont ces pratiques transforment les milieux artistiques, culturels et de recherche qui les rencontrent. 

    © Tom Hébrard
    © Tom Hébrard

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