Parmi les contributions réunies dans ses 424 pages, Philippe Roaldes, designer couleur et cogérant de l’Atelier 3D Couleur (a3dc), revient sur la géographie de la couleur®, méthodologie développée par Jean-Philippe Lenclos dans les années 1970. À travers une série d’entretiens croisés avec designers, artistes et chercheur·euses, il montre comment cette approche, fondée sur l’observation des territoires, continue d’inspirer les pratiques contemporaines du design, de l’architecture et de l’aménagement.
Entre mémoire des lieux, identités chromatiques et enjeux écologiques, cet article éclaire l’actualité d’une démarche qui considère la couleur comme l’expression vivante d’un territoire
Développée dans les années 1970 par Jean-Philippe Lenclos, la géographie de la couleur® a posé les fondations d’une approche de la couleur inédite dans l’architecture, le design et l’aménagement du territoire. Ni dogme esthétique ni tendance passagère, cette approche repose sur une lecture sensible et analytique des territoires où chaque teinte devient l’expression d’un lieu, façonnée par la lumière, le climat, les matériaux, les ressources naturelles, l’histoire et les cultures locales. À la croisée du design, de l’architecture et des sciences humaines, la géographie de la couleur® constitue avant tout un constat méthodique et précis. Ce concept met en évidence les liens profonds entre la couleur et la géographie des lieux en révélant la richesse des identités chromatiques régionales. En 1978, Jean-Philippe Lenclos fonde l’Atelier 3D Couleur, la première agence de design couleur en France, aujourd’hui connue sous le nom d’a3dc. Il y structure et transmet la géographie de la couleur® à une génération de collaborateur·rices et d’étudiant·es, posant les bases d’une méthodologie rigoureuse et sensible. Ce concept, désormais déposé par a3dc, est au cœur de la pratique de l’agence et est utilisé comme un outil de conception, d’analyse et de conseil stratégique. Il irrigue aujourd’hui des projets très variés : chartes de couleurs territoriales, design produit, stratégie industrielle, recherche appliquée. Plus qu’un héritage, il constitue un socle méthodologique vivant, continuellement enrichi par plusieurs générations de designers.
Je m’appelle Philippe Roaldes, je suis designer couleur cogérant de l’Atelier 3D couleur – a3dc, collaborateur de Jean-Philippe Lenclos dès les années 1990. À mes côtés, une nouvelle génération représentée par Adrien Maschino, designer coloriste et cogérant associé, prolonge et adapte cette démarche aux enjeux contemporains : transition écologique, préservation du patrimoine, confort climatique, ancrage local, expérience sensible des usagers… Au-delà d’a3dc, d’autres créateur·rices – designers, artistes, chercheur·euses – s’inspirent aujourd’hui de la géographie de la couleur® dans leurs pratiques, parfois de manière plus libre. Ce dialogue témoigne de la vitalité d’un concept qui reste fécond et qui continue d’ouvrir des perspectives sensibles sur la transformation du cadre de vie. À travers une série de témoignages croisés, je vous propose d’explorer la manière dont la géographie de la couleur® continue de nourrir les pratiques du design et de l’architecture avec les intervenant·es suivant·es : Vonnik Hertig, designer couleur, Agence Jean-Philippe Lenclos de 1975 à 1978, puis Atelier 3D Couleur de 1978 à 1986. Lauriane Beaunier, designer textile et matière, membre du Collectif Landelab. Anna Saint-Pierre, artiste et auteure indépendante, designer, docteure en design. Adrien Maschino, designer coloriste, cogérant associé a3dc.
Philippe Roaldes : Comment le concept de la géographie de la couleur® influence-t-il votre travail en architecture ou en design ? De quelle manière impacte-t-il vos choix et se manifeste-t-il concrètement dans vos projets ?
Vonnik Hertig : Au sortir de mes études à l’École des Arts Décoratifs, pendant douze années d’activité professionnelle au sein de l’Atelier 3D Couleur fondé par Jean-Philippe Lenclos, le concept de la géographie de la couleur® qu’il a créé m’a transmis un inestimable enseignement que j’ai appliqué, par la suite, dans mes projets de design couleur en architecture, en urbanisme et dans les produits industriels : l’influence déterminante des contextes locaux, tant géographiques que géoculturels dans les réponses apportées aux projets de couleur. Autant dans le domaine du bâti que dans le design de produits industriels, la couleur est d’une constante évidence dans la perception et la découverte des identités culturelles d’un pays ou d’une région. J’ai ainsi pris conscience que la couleur est un champ de recherche inépuisable qui s’étend des domaines de la création (architecture, design, arts appliqués, arts plastiques…) aux sciences humaines (sociologie, anthropologie, ethnographie, histoire…), à la géologie, à la climatologie… En constatant, également, les importantes transformations – voire les destructions – actuelles de certains sites, il m’est apparu évident que les recherches sur la géographie de la couleur®, publiées par Jean-Philippe Lenclos, ont une incontournable valeur de témoignage patrimonial, contribuant de la sorte à nourrir des recherches archéologiques futures.En résumé, dans ma vie professionnelle, la géographie de la couleur® m’a permis de conjuguer la passion de la couleur avec l’attrait pour l’histoire et les modes de vie des populations et des sociétés. L’autre enseignement déterminant que j’ai retenu est l’objectivité et la rigueur de la méthodologie d’étude. Suivant ce modèle éprouvé, j’applique à mes projets ce principe d’étude systématique et précis, des couleurs et des typologies d’habitats locaux (prélèvements couleurs/matériaux minutieusement répertoriés, relevés graphiques, synthèses visuelles rigoureusement fidèles aux données recueillies…). Selon les cas, je complète l’analyse chromatique d’investigations sur les traditions et usages locaux, l’histoire des sites, le climat et ses lumières, les ressources régionales de matériaux, les techniques de mises en œuvre.
Lauriane Beaunier : J’ai découvert ce concept après mes études aux Arts Décoratifs à travers les différents ouvrages de Jean-Philippe et Dominique Lenclos. Aimant la couleur et la photographie, ces livres m’ont bien entendu marquée par leur richesse, la capacité de ce couple à révéler les compositions colorées archétypales de chaque région.En 2020, j’ai contacté plusieurs ancien·nes étudiant·es que j’avais suivis en tant qu’enseignante en Design Textile et Matière à l’École, pour monter un collectif et répondre à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le ministère de la Culture : « Mondes nouveaux ». L’idée était d’étudier le littoral français par le prisme de la couleur et la matière. Nous assumions tout à fait l’héritage que représentait la géographie de la couleur®. Mais il nous semblait nécessaire de choisir une échelle ultra-locale et plus sensible, moins normative. Nous voulions arpenter, toute une année, de petits parcours, entre dix et vingt-cinq kilomètres, en révéler les spécificités et étudier tout autant le bâti que la côte, la mer et la nature. La géographie de la couleur® a permis de faire ressortir avec beaucoup de bon sens les typologies locales, d’une manière assez objective pour que cela puisse faire émerger des règles pour sauvegarder, ou retrouver, des normes architecturales. Notre projet Nuances littorales s’est nourri de la nature, du climat, de l’impact de l’Homme sur celui-ci. Sur chaque parcours, nous avons étudié les mêmes typologies de zone bâtie. Zones de plaisance, zones industrielles et zones de friches, abandonnées, ce qui fait la réalité de la côte française. Nous avons voulu constater, sans juger, proposer des gammes de couleurs qui traduisent nos ressentis. Cinquante ans après Lenclos, nous pensons que la couleur peut permettre aux habitant·es de mieux connaître leur cadre de vie, de le respecter davantage et d’observer le climat et le vivant. Le fruit de notre recherche d’un an sur les côtes a pris la forme d’une édition de vingt-cinq exemplaires comprenant couleurs, photos, dessins ettextes, qui va maintenant être exposée dans les territoires concernés.
Anna Saint-Pierre : J’ai découvert les recherches de Dominique et Jean-Philippe Lenclos sur la géographie de la couleur® à la bibliothèque de l’École des Arts Décoratifs, où j’étudiais alors le Design Textile et Matière, grâce à Vonnik Hertig, qui y enseignait la couleur. J’avais initié des recherches sur la fabrication de pigments à partir de rebuts de chantier glanés dans le quartier. À l’époque, j’étais fascinée par l’idée que la décomposition matérielle d’un bâtiment puisse être traduite en informations, pour contextualiser sa construction, en situer la période et le lieu. De la même manière, d’un point de vue archéologique, l’analyse savante des bennes de démolition permet de dater et de localiser un bâtiment, quand bien même il aurait été entièrement démoli – voire d’en restituer la forme d’origine générale par anastylose. Lorsqu’un bâtiment est démoli en ville, il est généralement démantelé par des engins à mâchoires et pneumatiques. Les matériaux sont ensuite concassés sur un site de traitement. On assiste alors à une réduction progressive de l’unité matérielle du bâti, partant d’un ensemble construit pour aboutir à des fragments de plus en plus fins. La granulométrie la plus fine obtenue – sorte de poussière de bâtiment – est semblable à celle du pigment, d’une couleur. En d’autres termes, je transpose la méthode de déconstruction chromatique de la géographie de la couleur® aux chantiers de démolition pour garder trace des disparitions en cours.
Adrien Maschino : La géographie de la couleur® constitue l’axe structurant de ma pratique de designer coloriste et du travail de l’agence a3dc, que j’ai l’honneur de codiriger aujourd’hui. Héritée de Jean-Philippe Lenclos, son fondateur, cette méthodologie rigoureuse et sensible repose sur un principe fondamental : la couleur ne peut être pensée indépendamment de son contexte géographique, culturel, climatique et matériel. Elle est le fruit d’un lieu, d’une histoire, d’une lumière, d’un usage. Chez a3dc, nous faisons vivre ce concept à travers une méthodologie d’intervention qui s’applique à toutes les échelles de projet, du mobilier urbain à l’espace public, de l’architecture patrimoniale à l’architecture moderne et au design industriel. Notre rôle consiste à révéler, analyser ou réactiver l’identité chromatique d’un territoire ou d’un objet. Cela se traduit, dans chaque mission, par une approche ancrée, holistique et profondément contextualisée. Mon associé, Philippe Roaldes, a également développé le concept de « métacouleur » qui intègre la géographie de la couleur®. Il fait référence à des notions qui vont au-delà de la simple couleur physique visible, en incluant des éléments cognitifs, émotionnels, esthétiques ou symboliques associés à la couleur. La physique de la couleur s’intéresse au comment du fonctionnement de la couleur, tandis que la métacouleur se pose la question du pourquoi et des principes qui sous-tendent cette réalité chromatique.Cette nouvelle méthode complémentaire dans le champ du design industriel et des stratégies d’innovation permet une lecture à trois niveaux ; les tendances prospectives ; l’environnement d’usage et de perception ; et enfin, les besoins sensibles de l’usager. C’est une grille de lecture dynamique, qui enrichit la compréhension de la couleur comme vecteur de sens, de confort et de singularité.
Tenez-vous compte des teintes locales dans vos études de la couleur ? Vos choix chromatiques s’harmonisent-ils avec les matériaux régionaux, le climat, la lumière et l’histoire du lieu ?
VH : Mes projets de chartes de couleurs pour l’habitat vernaculaire s’inscrivent dans la logique de la géographie de la couleur®, en prenant en compte l’esprit des couleurs locales. L’étude préliminaire de l’histoire du site (ressources de matériaux et matières colorantes, typologies de constructions, usages, traditions…), l’analyse objective des couleurs du site (récurrences, qualités chromatiques…) et la synthèse des harmonies de façades mettent en évidence l’identité chromatique du site. À ce constat s’ajoute la dimension de perception sensible et sensorielle des couleurs, influencée par les variations de lumière : celles-ci font l’objet de relevés photographiques et de dessins. Les choix que je fais résultent de la sélection de couleurs existantes incontournables pour leur caractère local, de l’élimination des couleurs quelconques, et de déclinaisons de couleurs complémentaires. L’objectif est de renforcer l’identité chromatique du site et, selon les cas, d’introduire une dimension de modernité chromatique témoignant des évolutions dans le domaine de l’architecture contemporaine.
LB : C’est tout le sujet du projet Nuances littorales. En échangeant avec des professionnels du design, des graphistes comme des architectes d’intérieur, avoir un portrait sensible de lieux pourrait permettre à chacun de savoir comment appréhender des projets mieux ancrés localement. Par exemple, connaître les couleurs de la côte précisément avant de développer les couleurs d’un nouvel hôtel, ou savoir quels motifs émergent d’une plage pour s’en inspirer pour concevoir la scénographie d’une exposition. J’aime cette idée d’intervenir très en amont, de formuler des guides et que d’autres professionnels s’approprient nos regards.
AS-P : Tout dépend de ce que l’on entend par teintes locales. Imaginer le retour au sol des matériaux de construction m’amène à penser que les déchets du bâti constitueront dans le futur un gisement local, lorsqu’enfouis dans une décharge, ils prendront de nouveau part aux phénomènes géologiques de formation des roches. D’autant que le réemploi me pousse à envisager la ville, ou les bâtiments, même isolés, comme de potentielles ressources en devenir. Dans cette perspective, l’héritage géologique doit être reconsidéré en tenant compte du déplacement des matériaux, de leur usinage et assemblage. Les couleurs qui en émanent aussi.
AM : Absolument. C’est même un des fondements de ma démarche. La lecture attentive du contexte local – qu’il soit climatique, géologique, culturel ou patrimonial – est une étape essentielle dans toutes mes missions.Je commence chaque projet par un travail in situ d’immersion, d’observation et de relevé. Il s’agit d’identifier les strates de l’histoire bâtie, les matériaux utilisés, les teintes locales, les enduits anciens, les techniques vernaculaires, mais aussi l’évolution des usages et des perceptions dans le temps. Cette lecture géochromatique du territoire permet de révéler des ressources sensibles parfois oubliées ou invisibilisées. Cela permet de constituer, au fil des projets, une base de données vivante, un véritable conservatoire de couleurs, de matières et de savoir-faire régionaux, que nous mobilisons chez a3dc dans une logique de réactivation contemporaine. Dans les centres-bourgs dévitalisés, par exemple, nous observons souvent une perte d’identité architecturale liée à des rénovations standardisées. Notre travail consiste à renouer les liens entre le bâti, le territoire et les habitant·es, à réconcilier la mémoire des lieux avec les dynamiques contemporaines, en révélant la beauté d’un patrimoine local parfois négligé. La lumière, la topographie, l’exposition ou encore la végétation et le paysage viennent également enrichir cette lecture fine, car chaque territoire possède une lumière propre, qui influe directement sur la perception des couleurs et des matériaux. Dans le cadre de la réalisation de la charte chromatique de la ville de Cayeux-sur-Mer, chaque teinte est issue de l’observation et des relevés colorimétriques effectués sur les matériaux naturels locaux – galets, briques, bois, enduits… Contretypées avec précision in situ, elles nourrissent une palette en résonance intime avec les textures, les lumières et l’identité sensible du paysage côtier.
Quels sentiments ou expériences sensorielles souhaitez-vous évoquer à travers la couleur ? Vos choix chromatiques influencent-ils le bien-être des habitant·es et des usager·es ?
VH : Par la couleur, je cherche à donner aux projets les qualités les plus attractives. Cela, pour favoriser une relation stimulante de l’usager à l’objet (ou à l’espace), pour sus citer l’émotion d’une harmonie générale des couleurs, suivant les éléments contextuels (formes, matériaux, proportions, textures…), pour éveiller la sensation de plaisir visuel et pour faire naître un sentiment de connivence avec l’objet (ou l’espace). Je cherche également à exprimer le sens des projets (caractère, fonc tion, usage…) par mes choix de couleurs pour susciter un sentiment de cohérence et l’adhé sion des usager·ères au projet. Effectivement, dans ma conception du métier de designer couleur, la dimension esthétique de la couleur est indissociable de sa dimension sémantique. Mon expérience m’a appris que la couleur, entre autres signes visuels, véhicule des valeurs qui résonnent dans la sensibilité et l’imaginaire individuels et collectifs. La couleur exprimant des sensations et des émotions ainsi que des idées et des concepts, je la pratique en tant que langage à part entière, pour partager du sens et du bien-être visuel.
LB : J’ai été invitée pour une résidence sur la couleur à Saint-Amand-Montrond en 2024. J’ai étudié les couleurs de cette petite ville qui comporte comme beaucoup de bourgades françaises son lot de lieux charmants mais aussi de bâtisses peu entretenues ou délabrées. C’est aussi une ville entourée d’une rivière et de beaucoup de verdure. J’ai développé une gamme de couleurs spécifiques constituées des beiges jaunis des pierres historiques, de gris bleutés, de framboises écrasées, de verts foncés inspirés des volets de la ville, du brun chaud des tuiles, du vert broussaille des herbes folles longeant la rivière. Je mentionne ce projet parce que j’ai présenté ce travail lors de la France Design Week en septembre dernier. Et cela a été très édifiant de voir les réactions de chaque visiteur. Je l’avais compris en travaillant la couleur dans la décoration ou le design de produits, mais quand il s’agit d’architecture, c’est impressionnant… Tout le monde a quelque chose à dire sur la couleur ! Se démarquer, faire comme tout le monde, s’amuser, ne pas oser : chacun a sa vision de l’usage potentiel des couleurs. Échanger avec les habitant·es m’a permis de mettre des mots sur l’ambivalence de notre rapport à la couleur en ville.
AS-P : Un bâtiment s’identifie notamment par sa palette de matériaux, qui peut en ravi ver la mémoire après démolition. Dans mes recherches, les sensations colorées sont un moyen de transmettre la mémoire d’un lieu, une charge émotionnelle par des ambiances. Par exemple, si la forme d’une architecture en brique disparaît complètement ou partielle ment, la persistance de l’un de ses attributs comme la couleur peut-elle assurer la trans mission mémorielle du bâti par métonymie ? Partant du principe que la couleur est un des indicateurs de l’origine des matériaux, la perpétuation de la mémoire d’un lieu est imaginable à travers la traduction de ses matériaux en formulation de couleur.
AM : Oui, fondamentalement. Je pense que le design couleur est avant tout une expérience sensorielle. Il agit sur le regard, bien sûr, mais aussi sur le toucher, sur l’émotion, sur la mémoire. La couleur n’est jamais purement décorative : elle participe au confort, à l’usage, à la compréhension et à l’appropriation des espaces ou des objets. Dans mon travail, je porte une attention particulière aux effets psychologiques, physiologiques et symboliques de la couleur. Dans le cadre de projets hospitaliers, par exemple, je construis des ambiances apaisantes, adaptées aux pathologies des services, tout en facilitant l’orientation des patient·es dans des lieux souvent vastes, anxiogènes et complexes. La couleur devient ici un outil de soin autant que de signalétique. De la même manière, dans le design produit, chez a3dc nous intégrons des textures, des finitions et des contrastes qui facilitent la préhension, stimulent l’usage ou suscitent l’attachement. Notre objectif est de créer des objets ou des espaces qui surprennent tout en produisant une forme d’évidence : une justesse immédiate entre ce qui est vu, ressenti et vécu. Ambiances couleur et matière apaisantes pour les urgences hospitalières Jacques Cœur à Bourges : projet de conception des harmonies, matériaux et codes couleur pour soutenir le soin, faciliter l’orientation et humaniser les espaces.
La couleur peut-elle influencer le confort thermique et la durabilité des bâtiments face au changement climatique ? Peut-elle s’intégrer à une approche plus durable en lien avec les matériaux traditionnels ?
VH : Il est évident que les couleurs sombres emmagasinent la chaleur du rayonnement solaire tandis que les teintes claires la réfléchissent. Ce phénomène thermique peut donc, en architecture, être modulé en fonction du degré de clarté des couleurs de façades ou de toitures. Par exemple, l’usage de couleurs foncées dans le bâtiment est bien plus répandu dans les pays nordiques européens, au climat froid, que dans les pays d’Europe du Sud : enduits foncés ou radicalement noirs au Danemark, briques noires en Hollande, bardages bois et ouvrages en fer revêtus de noir de Falun en Suède. Cette peinture naturelle, issue d’une ressource minière, démontre son efficacité sur la durabilité des matériaux traditionnels, en procurant une protection sur plus de trente ans, renouvelable.
LB : Bien entendu la couleur a un rôle à jouer réel et psychologique, mais je ne suis pas spécialiste de la question du confort thermique… Je pense qu’après une période où on a abusé des couleurs, quitte à en dégoûter parfois les usager·ères, puis de disette à ne plus proposer que du gris et du blanc, cette nouvelle ère de la couleur/matière redonne une mesure et une raison d’être aux couleurs. Même si cela vaudra toujours la peine de rehausser ces teintes naturelles, ces matériaux, par des touches colorées qui les valoriseront. En ce qui concerne la durabilité, c’est très complexe, étant donné qu’il n’y a pas de matériaux vertueux, totalement durables ou sans impact… Je crois beaucoup à la notion d’attachement, à l’idée que, si on a répondu aux usages et qu’on a respecté le contexte, le projet sera plus durable.
AM : La couleur joue un rôle déterminant dans la régulation thermique des bâtiments. Les architectes vernaculaires l’avaient compris depuis longtemps : les façades blanchies à la chaux des villages méditerranéens, les toi tures en terre cuite ou en ardoise, les enduits minéraux, tous participent à une régulation naturelle du climat intérieur. Aujourd’hui, à l’heure du réchauffement climatique, cette intelligence constructive devient un enjeu central. Une toiture peinte avec une couleur claire à base de pigments minéraux peut réduire de plusieurs degrés la température intérieure, diminuant d’autant les besoins en climatisation. C’est un levier écologique puissant, encore sous-estimé. J’accompagne avec l’équipe a3dc les collectivités et les bailleurs dans une redécouverte de ces savoir-faire. Nous valorisons les matériaux bio ou géo-sourcés, les enduits à la chaux, les pigments naturels, dans une logique d’écoconception intégrée. Cette réintégration de la matière dans la couleur permet une plus grande durabilité, mais aussi une esthétique ancrée, sincère et contemporaine.
Vos projets privilégient-ils une identité locale ou une approche plus globale ? Intégrez-vous les in fluences culturelles des habitants nomades ? Les chartes de couleurs urbaines sont-elles, selon vous, trop restrictives ?
VH : Les villes étant « vivantes », elles évoluent dans leurs époques tout en conservant leur patrimoine passé. En regard de ces stratifications de styles et de typologies architecturales, mes projets intègrent à la fois le « socle » de l’identité chromatique locale et le nécessaire apport de modernité, inspiré par les avancées architecturales actuelles (volumétries, matériaux, modénatures…), en ouvrant les palettes à de nouvelles couleurs et harmonies contemporaines (chartes des villes de Sèvres, Pantin, Suresnes…). Cette ouverture s’avère nécessaire afin d’éviter de limiter strictement les recommandations des chartes à des couleurs purement locales…
LB : J’y crois beaucoup, j’ai travaillé pour de grandes enseignes, et même dans ces contextes, j’ai été très attentive aux spécificités et aux goûts locaux, pour développer des matériaux : choisir un parquet plus jaune en Allemagne, éviter les carrelages gris en Russie, etc. Ce sont des codes plutôt liés aux normes, aux historiques, aux goûts qui se sont construits au fil des siècles. Mais aussi aux climats, aux lumières locales. Et quand, plus jeune, je travaillais pour un client japonais, son usage et sa perception des couleurs étaient tout autres ! Être designer, c’est aussi savoir faire preuve d’empathie et de curiosité pour s’adapter aux goûts locaux, à toutes les échelles, du continent au village. Les chartes architecturales sont un sujet complexe, je pense qu’en tant que designer, c’est un sujet génial à traiter. Cela me fait rêver de m’attaquer à la réflexion sur tout un quartier ou toute une ville. Cependant, à Saint Amand-Montrond, j’ai pu lire la peur sur les visages de certaines personnes, effrayées que ce soit une charte, que je sois là pour imposer des couleurs. J’ai alors mesuré la complexité du sujet : suggérer, proposer, normer, légiférer… Comment laisser une marge à chacun·e ? Comment accompagner les personnes qui n’ont aucune idée sur la coloration de leur façade ? Comment éviter les associations colorées qui défigurent certaines villes ? Moi-même, je trouve très poétiques certaines interventions colorées improvisées ou maladroites, je suis la première à sourire dans la rue quand je croise des imperfections qui peuvent être bourrées de charme. Je pense que donner des règles est utile, mais qu’il faut, en fonction des agglomérations, savoir quelles typologies proposer, offrir des terrains de jeu adéquats. Et surtout qu’il faut tout faire pour étayer les personnalités des villes, sans les caricaturer elles-mêmes ou en faire des villes-musées.
AS-P : D’une région à l’autre, d’une ville, d’un village, d’un quartier à l’autre, les matériaux architecturaux varient influencés par l’héritage géologique des sols, pour résumer en quelques mots l’approche de la géographie de la couleur®. La méthode d’analyse des Lenclos consiste à déceler les particularités chroma tiques des habitations traditionnelles rurales en fonction des régions, à travers l’harmonie naturelle qu’elles entretiennent avec les paysages environnants. Il m’a semblé intéressant de confronter cette approche à un contexte métropolitain et contemporain où la sédimentation architecturale est particulièrement dépendante de l’évolution des régimes sociaux, économiques et politiques. Outre les monuments à proprement parler, les bâtiments qui composent les villes représentent, par leur taille, leur morphologie et l’inertie de leurs matériaux, d’imposants transmetteurs et supports de mémoires. Autour des noyaux historiques muséifiés, concentrés de patrimoine, les architectures urbaines dans lesquelles nous vivons ont principalement été construites au cours de la seconde moitié du xxe siècle sur les « acquis » du mouvement moderne. C’est pourquoi je considère l’ensemble des matériaux architecturaux avec le même intérêt et les sites investis par mes projets appartiennent à une période historique étendue. Un corpus d’ouvrages variés composés de meulière, brique, ardoise, moellon, pierre de Paris, tuffeau, marbre, granit, mâchefer, béton, parpaing, goudron, etc. Mes projets explorent la relation entre matière, mémoire et territoire, en tenant compte des modes d’acheminement des matériaux, des évolutions techniques et des apports successifs culturels sur les chantiers de construction et des récits de migration. L’identité locale n’est pas figée : elle se construit par déplacements et rencontres. J’évite une lecture trop régionaliste de la couleur, préférant une approche contextuelle.
AM : Mes projets s’inscrivent dans une dynamique d’équilibre : entre enracinement local et ouverture globale, entre héritage patrimonial et désir de renouvellement. Les imaginaires visuels circulent, portés par les réseaux sociaux, la mondialisation, le tourisme et les plateformes numériques. Cela crée des attentes esthétiques parfois déconnectées du contexte, mais aussi une appétence renouvelée pour la couleur. En tant que designer couleur, je pense que nous devons accompagner ces désirs, sans les nier, mais en les ancrant dans une réalité territoriale. Cela signifie rechercher les résonances entre les envies contemporaines et les ressources locales : les ocres, les moellons, les sablons, les bois, les calcaires… Autant de matières-couleurs qui peuvent établir des ponts entre imaginaire et territoire. Les chartes de couleurs que nous concevons sont pensées comme des outils pédagogiques, non comme des règlements contraignants. Elles permettent aux collectivités et aux habitant·es de redécouvrir leurs bâtis, d’en comprendre les logiques, les potentialités, et de co-construire une esthétique partagée, accessible, vivante. Loin d’imposer une norme, nous cherchons à créer des conditions pour que chaque projet s’inscrive avec justesse dans son environnement.
Comment préserver la diversité chromatique face à l’uniformisation dictée par les tendances et les standards industriels ? Le hors standard est-il souhaitable, et observe-t-on un retour à l’artisanat de la couleur ?
VH : Pour éviter l’uniformisation due aux standards industriels, il est fondamental que les maires et leurs services techniques municipaux, entre autres résolutions, prennent conscience de la nécessité de préserver, ou de restaurer, leurs paysages urbains, et d’être mieux informés : de l’utilité d’une charte de couleurs spécifique à l’identité de leurs villes et de leurs abords, pour éviter la dépersonnalisation déprimante de leurs territoires et gagner en attractivité ; de l’efficacité de l’aide aux choix des couleurs d’une charte établie sur une méthodologie objective et logique inspirée de la géographie de la couleur®. Le caractère pédagogique d’une telle charte étant d’une aide considérable pour les usagers : services municipaux, particuliers et maîtres d’ouvrage ; du savoir-faire des spécialistes des chartes chromatiques, des designers couleur, et des PME locales productrices de matières colorantes, minérales ou végétales (enduits et peintures d’ocres en Bourgogne, peintures à base d’algues en Bretagne, etc.).
LB : Tout le monde s’est rendu compte qu’une ultra-uniformisation ne fonctionnait pas totalement et quand on observe que les grands groupes ont ouvert des bureaux de design locaux, par marché, on voit qu’on a atteint les limites de ces méthodes. La question principale, c’est comment la couleur fait vendre ? Éviter de proposer des couleurs adorées en Chine sur le marché européen, par exemple, c’est surtout éviter les flops commerciaux, ce n’est pas un choix éthique. Le business s’adapte à la demande. L’ère des réseaux sociaux, mais aussi de la seconde main, démocratise et rouvre les champs chromatiques possibles, je trouve les rues et les intérieurs moins uniformes qu’avant, la jeunesse n’est plus en jean bleu et t-shirt blanc, beaucoup mixent les styles et les époques dans leurs salons. Les codes sont mélangés. Je crois que la diversité se développe malgré les influences normatives. Quant à l’artisanat de la couleur, je le croise tous les jours aux Arts Décoratifs, avec ces enseignant·es, responsables d’ateliers et étudiant·es qui travaillent la couleur- matière, qui concassent des matériaux naturels pour imprimer, ou encore cherchent les meilleures plantes pour teindre : c’est d’une richesse sans limite.
AS-P : Si l’on prend en exemple l’Île-de-France, chaque époque a transposé différemment dans l’architecture les marnes, argiles, gypses, meulières, sablons, calcaires et grès. Le patri moine bâti de Paris est directement lié à la géologie calcaire de ses terrains, qui témoignent d’épisodes lointains des avancées et retraits du bassin, la fossilisation, le mouvement des plaques, les érosions fluviales et éoliennes. À partir de l’ère moderne, les constructions se distinguent des plus anciennes par une lithologie qui leur est propre : le béton combiné à d’innombrables types de composants, datés de la même époque et issus notamment de l’essor de la pétrochimie, est devenu le matériau de construction principal depuis la seconde guerre mondiale. Les architectures de l’anthropocène et les villes qu’elles forment ont tendance à se ressembler à travers le monde, dans la mesure où les styles architecturaux modernes se sont répandus par le biais de la mondialisation et de ses échanges libéralisés. L’industrialisation des chantiers de la Grande Reconstruction, en lien avec les grandes orientations politiques et économiques de l’époque, a durablement affecté les modes de production de l’architecture, en libérant l’approvisionnement en matières premières ordinaires des aléas des sols et des climats – si l’on suit le cheminement de pensée de l’historien de l’économie et de l’environnement Nelo Magalhães1. Le béton moderne, avec son ciment industriel, a été conçu comme un matériau générique, supposé se répandre uniformément dans les villes. L’imaginaire collectif voudrait qu’il soit sans âge, sans signe distinctif ni spécificité géographique, du fait d’une formulation générique du ciment. En réalité, il est aussi soumis à des facteurs de variation, plus difficiles à déceler du fait de la fine taille de ses composants. Son aspect lisse et plastique ne semble rien pouvoir dire de sa genèse (la provenance de ses matières premières et son processus de fabrication). Pour en savoir davantage, il faut procéder à un décapage, un carottage ou une fracture sommaire en brisant un bloc en deux. À mes yeux, le modèle d’une industrie qui saurait se défaire totalement de son héritage géographique et culturel est un fantasme, dont les limites doivent être révélées par la couleur.
AM : Le design industriel est historiquement lié à la standardisation. Mais aujourd’hui, face à l’urgence environnementale et à la crise des ressources, cette norme est contestée. Les matériaux recyclés, biosourcés ou up cyclés produisent des effets de matière et des nuances aléatoires qui rendent chaque pièce unique. Cela introduit une forme de hors standard fertile, que nous considérons non comme une contrainte, mais comme une richesse. Chez a3dc, nous intégrons ces enjeux dans nos recommandations : matériaux issus de coproduits (coquilles, fibres, terre crue), plastiques recyclés aux variations chroma tiques non maîtrisées, enduits artisanaux… Tout cela réintroduit de la singularité, de la matière, de l’aléatoire dans le design. Et cela oblige à repenser l’esthétique industrielle, à y réintégrer du sensible. Je crois profondément à une esthétique responsable, sensorielle et incarnée, qui redonne à la couleur son ancrage matériel. C’est un retour, non pas en arrière, mais vers une modernité renouvelée, où le geste artisanal et le sur-mesure redeviennent des vecteurs d’innovation.
La couleur peut-elle renforcer l’attractivité touristique et aider à intégrer l’architecture contemporaine au patrimoine existant ?
VH : Nombreux sont les sites en France et à l’étranger qui suscitent une incontournable attractivité pour leur ambiance chromatique : Burano, Copenhague, Prague… où les voyageurs font l’expérience dépaysante de la couleur à grande échelle.
LB : Si elle ne se caricature pas, oui, bien entendu, la couleur peut renforcer l’attractivité d’une ville. On peut se demander par contre si c’est utile. Rendre plus séduisants des lieux déjà trop visités trop explorés, dans le contexte d’urgence écologique actuelle, je ne suis pas convaincue. Ella Garrigue, du collectif Landelab, qui a étudié la côte Vermeille pour notre projet, n’a fait que constater des roussis, des brûlés, des pailles… Avec le réchauffement climatique et l’augmentation de la fréquentation touristique, certains lieux ne vont plus pouvoir être préservés. Cependant, je pense que la couleur peut tout à fait rendre plus agréables, plus attractives, des villes qui ne l’étaient pas vraiment ou tout simplement rendre les gens fiers de leur cadre de vie. Ça, c’est prioritaire pour moi.
AM : La couleur est un puissant vecteur d’attractivité. Elle suscite l’émotion, capte le regard, structure les mémoires collectives. Des lieux comme la rue Crémieux à Paris en sont l’illustration éclatante : la chromaticité des façades y est devenue une signature visuelle, démultipliée par les réseaux sociaux. Mais cette attractivité peut générer des effets pervers si elle n’est pas encadrée : saturation visuelle, forte gentrification, effacement des identités réelles au profit d’une image lissée. Il est donc essentiel d’accompagner les collectivités dans une lecture critique de leur territoire, pour que la couleur participe à une stratégie globale, cohérente et surtout durable. Nos études permettent de croiser les enjeux patrimoniaux, les dynamiques touristiques, les rénovations énergétiques et les projets contemporains. L’objectif est de créer une continuité sensible, où la couleur joue le rôle de médiatrice entre l’ancien et le neuf, entre l’usage et l’image, entre mémoire et avenir.
Les tendances, les réseaux sociaux et les outils numériques influencent-ils vos choix chromatiques en architecture ?
VH : Évoluant dans des sociétés toujours en mouvement, de fait, nous sommes tous en immersion dans l’air du temps, témoins directs de ses mutations, voire de ses révolutions. Également acteurs de changements dans le cadre de nos activités de designers couleur, nous sommes sensibles aux influences, d’où qu’elles viennent, mais nous restons les propres auteurs de nos analyses et de nos choix de couleurs qui en découlent. Dans ce cadre, et dans ma propre expérience, le numérique reste essentiellement un outil.
LB : J’ai participé et je participe chaque jour à ce système des tendances, quand je travaille pour mes clients, ou simplement en visitant des salons, des événements du design actuel. Cependant, je suis pour une démarche la plus atemporelle possible bien que nous soyons tous influencés par notre époque, par ce que nous voyons, ce que nous scrollons. Personnellement, j’ai une grande peur de me lasser, en général, et j’aime l’idée d’amener la couleur par touche et d’éviter les total looks écœurants. Jusqu’à présent, dans l’espace intérieur, j’ai travaillé la couleur d’une manière plutôt signalétique, la couleur pour zoner les usages, les rendre lisibles, avec des codes a priori décorrélés des tendances. Par exemple, du bleu pour les zones de réflexion, du jaune pour les zones d’échange et de dynamisme, etc. Mais je ne peux pas m’empêcher de ressentir des influences et je suis consciente que le jaune que j’ai choisi en 2020 n’est pas le même que celui que j’aurais choisi en 2010 ou que je choisirai en 2030…
AM : Les outils numériques transforment profondément notre rapport à la couleur. Le passage du monde matériel au monde de la lumière en RVB tend à saturer artificiellement les teintes.
Les filtres, la retouche photo, la surenchère visuelle induite par Instagram, Pinterest ou TikTok créent une distorsion entre le réel et sa représentation.
Cette dynamique, que j’observe au quotidien, influence les envies, les références, les attentes des usager· ères. Elle génère un désir collectif de couleur, parfois irréaliste, mais qu’il faut savoir entendre et canaliser. C’est pourquoi notre rôle de coloriste est aussi pédagogique : redonner du sens, de la matière, de l’histoire aux couleurs utilisées. Recréer une réalité sensible, au-delà de l’image. Je pense que la couleur ne doit pas être uniquement un vernis spectaculaire. Elle est un langage, un levier de transformation, elle est révélatrice d’émotions et d’usages. Et c’est ce que je défends à travers chaque projet, au sein d’a3dc.