Journée d’étude « Useful knowledge #3: Savoirs pratiques du dessin »

D.R
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Cette troisième journée d’études sur les « savoirs pratiques du dessin » poursuit une réflexion engagée depuis 2024, visant à réinscrire le dessin dans une histoire élargie, au-delà de son autonomie comme médium artistique.

Informations

10 avril 2026
14h00 - 18h30

École des Arts Décoratifs - PSL

Amphithéâtre Rodin
31 rue d’Ulm, Paris Ve

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Une journée d’études organisée par Annabela Tournon-Zubieta, enseignante et historienne de l’art, Florentine Lamarche-Ovize artiste et enseignante, et Alexandra Fau, coordinatrice scientifique et artistique de la Chaire des « Nouveaux Imaginaires du dessin ». Avec la participation de Pauline Chevalier, Tiphaine Colléter, Julie Borgeaud et Nabil Abu Ghanima.

Pratiques du dessin : entre art, science et société

Le point de départ de ces journées sur les « savoirs pratiques du dessin », initiées en 2024, est le constat qu’en devenant un médium autonome le dessin tourne le dos à une partie de son histoire qui s’est écrite en-dehors du champ de l’art, de même qu’il tourne le dos aux savoirs "non-artistiques" qu'il véhicule. Le dessin a en effet été une pratique employée dans de nombreux métiers artistiques mais également scientifiques, sociaux, pédagogiques, etc. Il a été une ressource pour penser et pour agir dans de nombreuses circonstances, de même que ses qualités artistiques ont été mobilisées à des fins spécifiques de notation et de compréhension de l’espace, du corps, du récit, de l’histoire. Les savoirs utiles et esthétiques du dessin, lorsqu’ils concernent le mouvement, l’enregistrement, l’analyse, la communication, mobilisent le trait, la couleur, le geste, l’interaction sociale, la parole, selon des modalités diverses et riches. Souligner et analyser ces savoirs pratiques, qui traversent l’histoire des arts, mais également l’histoire des arts appliqués, des sciences et des techniques, permet dans ce sens de rouvrir une histoire des idées de manière décloisonnée et émancipatrice. Cette troisième journée d’études sur les “savoirs pratiques du dessin”, organisée dans le cadre de la chaire NID de l’Ecole des arts décoratifs-PSL, donnera la parole à des chercheures et des artistes mobilisant des pratiques dessinées qui s’articulent notamment au corps et à des pratiques collectives: elle sera l’occasion de parler du dessin comme outil pour la danse, d’aborder l’importance du dessin à l’école où il est “partout et nulle part” tout en étant un outil privilégié pour des enfants en situation de souffrance. De même, elle sera l’occasion d’aborder les historiques convergences entre histoire de l’art et criminalistique, et enfin, d’entendre des artistes s’exprimer sur les pouvoir du dessin et ses capacités de résilience notamment dans le contexte du génocide actuel à Gaza.

Programme de la journée

14h : Ouverture
Ouverture et présentation de la journée d’études par Alexandra Fau et Annabela Tournon-Zubieta.

14h15 – 15h00 : « Dessiner pour danser : gestes graphiques et états de corps »
Par Pauline Chevalier, Professeure en histoire de l'art contemporain à l'université de Tours.
Comment le dessin peut-il nourrir une pratique somatique et chorégraphique, par le geste graphique ? S'il existe près d'une centaine de systèmes de notations chorégraphiques, destinés à analyser, préserver et transmettre des œuvres chorégraphiques, notre propos se concentrera sur des pratiques plus spontanées du dessin, comme outil du travail chorégraphique, dans ses dimensions individuelles et collectives, comme instrument pour ressentir l'espace, visualiser le corps ou transmettre une qualité de geste. À travers des exemples historiques et contemporains, il s'agira de saisir l'articulation entre danse et dessin en pensant la pratique graphique comme ancrage matériel d'une pratique chorégraphique, au-delà des enjeux de notation.

15h00 – 15h45 « De la pensée par les phalanges »
Par Tiphaine Colléter, Professeure des écoles et coordinatrice de la micro-école Inspire à Avignon.
À l’école, le dessin est partout et nulle part, on y dessine souvent à dessein d’autre chose : une carte en géographie, un compte-rendu d’expérience en sciences, quand on n’illustre pas un poème ou des règles de vie de classe… Lorsqu’on s’y intéresse, il devient vite réglementé : perspective, proportions, modèle à suivre. Au sein du dispositif scolaire, le dessin est un outil de pensée, de communication, de mémoire au même titre que les mots. Il peut les remplacer, les faire surgir, les excéder. Face aux œuvres, les mouvements des élèves dessinent leur appréhension de celles-ci. En danse, le corps entier pense dans l’espace et déborde la feuille. Dessiner, c’est faire et non faire faire, ne pas maîtriser mais éprouver.

16h15 – 17h00 « Quand la peau dessine et signe : une histoire de l’empreinte digitale qui fait langage et authentification »
Par Julie Borgeaud, Historienne de l’art et collaboratrice en criminalistique.
Chaque jour, nos différentes parties du corps, notamment nos mains, doigts et pieds, impriment, sur les supports avec lesquels nous sommes en contact direct, des milliers d’empreintes invisibles à l’œil nu, dont certaines peuvent permettre une identification. Qu’en est-il des empreintes volontairement imprimées qui font langage ? À partir de quel moment l’analyse des traces ou d’empreintes digitales qui composent un dessin permet-elle d’en authentifier son auteur ? À travers une analyse des dessins que Louis Soutter (1871-1942) réalisa aux doigts de 1936 jusqu’à son décès, nous dresserons une histoire dessinée de l’empreinte digitale, qui court depuis « l’aube de l’image », de support en support, et qui entre en jeu dans l’authenticité des compositions.

17h00 – 18h00 « Les frontières, le sol et les oiseaux »
Par Nabil Abu Ghanima, artiste et enseignant, lauréat PAUSE Collège de France / Ecole Nationale des Arts Décoratifs - PSL, en conversation avec Florentine Lamarche-Ovize, artiste et enseignante à l’Ecole, dans le cadre de la chaire Nouveaux Imaginaires du dessin. Avec la participation de Khadija Toukabri pour la traduction simultanée en français des échanges en arabe.
Nabil Abu Ghanima dialoguera avec Florentine Lamarche-Ovize au sujet de ses œuvres et de ses projets récents. L’installation de l’artiste en France l’a incité à réinventer ses manières de représenter, à explorer de nouveaux outils, tout en se nourrissant continuellement de sa mémoire et de sa vie d’avant, en Palestine. Il y évoquera notamment les questions que soulèvent, pour lui, en peinture et en dessin : la représentation des sols, la figuration des événements dans des espaces plastiques, les frontières, et les manières dont le dessin peut les toucher et les transgresser.

Biographies des participant.es 

Nabil Abu Ghanima
Artiste plasticien palestinien né à Gaza en 1984, Nabil Abu Ghanima a obtenu une licence en éducation artistique à l’université Al-Aqsa en 2008. Il a travaillé comme professeur d'enseignement artistique puis s'est consacré à une carrière artistique consacrée aussi bien aux beaux-arts, à l'illustration de livres pour enfants qu’à la production d'animation. Il a également fondé un collectif d'animation collaboratif avec des artistes émergents. En 2025, il a été lauréat du programme PAUSE du collège de France pour venir enseigner à l’Ecole des Arts Décoratifs à Paris. Il est actuellement artiste résident à l’espace de création artistique Le Wonder, à Bobigny. Son œuvre est marquée par les démarches d’artistes expressionnistes contemporains, tels que Georg Baselitz et Anselm Kiefer, qui explorent les intersections entre l’histoire, le mythe et la mémoire à travers la présence sensible de la matière et les manières dont elle est chargée d’émotion. Dans sa démarche, le mythe dépasse le simple récit ; il est utilisé comme un outil de résistance contre l’invisibilité et l’oubli, et comme un moyen d’élargir la conscience spatiale et temporelle. Ses œuvres récentes transforment l’expérience palestinienne contemporaine en un langage symbolique ouvert à une interprétation universelle.

Julie Borgeaud
Après une mise à niveau en Arts Appliqués, Julie Borgeaud obtient un diplôme nationale supérieur d’expression plastique à l’ENSA Paris-Cergy. Historienne de l’art franco-suisse, elle commissionne des expositions explorant la marginalité artistique de dessinateurs qui ont suivi des doubles carrières, tels que Victor Hugo et Louis Soutter (Maison Victor Hugo Paris, 2015 ; Maison Rouge Paris, 2012), ainsi que Le Corbusier (Salon du dessin contemporain Pareidolie Marseille, 2026). Également collaboratrice en Criminalistique, son approche se situe à la croisée de la recherche artistique, des Sciences forensiques et du Droit. Réalisatrice de films dans le domaine de la high-tech, elle prépare son premier documentaire d’investigation dans le domaine de l’art. Auteure de répertoires raisonnés, de catalogues d’exposition, de monographie, d’essais, de fac-similés de carnets et de livres d’artiste (Brion Gysin, 2026 ; Roberto Matta, 2011 ; Une Maison Un Palais, de Le Corbusier enluminures de Louis Soutter, 2012), elle aborde l’écriture, tout comme l’articulation de ses expositions, au prisme de la précision radicale des expertises et de la pluralité narrative permise par le montage audiovisuel.

Pauline Chevalier
Pauline Chevalier est professeure en histoire de l'art contemporain à l'université de Tours. Après avoir travaillé sur la scène états-unienne des années 1970 (Une histoire des espaces alternatifs à New York, de SoHo au South Bronx, Les presses du réel, 2017), puis sur la danse au musée (Le musée par la scène, Editions Deuxième Époque, 2018, co-édité avec Aurélie Mouton-Rezzouk et Daniel Urrutiaguer), elle a porté un programme de recherche sur les pratiques graphiques en danse, sur la longue durée (carnets de notes et dessins d'interprètes et de chorégraphes, manuels et iconographie technique de la danse), à l'Institut national d'histoire de l'art (2018-2025), en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France et le Centre national de la danse. Elle a été commissaire de l’exposition « Chorégraphies. Dessiner, danser (XVIIe – XXIe siècles) » au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon et dirigé le catalogue (INHA /MBAA /Liénart). Ses recherches portent sur les relations entre danse et arts visuels, à la fois par le dessin, dans la mise en forme graphique des techniques du corps, et par les lieux qui permettent la convergence des pratiques.

Tiphaine Colléter
Tiphaine Colléter, 52 ans, habite Avignon depuis 2000. Professeure des Écoles titulaire du CAPA-SH option D (Certificat d’Aptitude Professionnelle pour les Aides spécialisées, les Enseignements adaptés et la Scolarisation des élèves en Situation de Handicap – troubles des fonctions cognitives) et du CAFIPEMF (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Ecoles maitre Formateur), elle enseigne depuis 2002. Elle a dès ses débuts enseigné à des élèves à besoins éducatifs particuliers, porteurs de TND (Troubles du Neuro-Développement) et plus spécifiquement de TSL (Troubles Spécifiques du Langage), TSA (Troubles Spécifiques des Apprentissages) et troubles psychiques, au sein de CLIS puis d’ULIS (Unités Localisées d’Inclusion Scolaire) en REP+ (Réseau d’Education prioritaire, zone violence). Depuis janvier 2020,elle est enseignante coordonnatrice d’une SRE de l’Éducation Nationale (Structure de Retour à l’École), unique en France : la micro-école Inspire, située au cœur d’un Centre d’Art Contemporain d’Intérêt National, la Collection Lambert.

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