Le dessin face au monde qui se dérobe : cinq Grands Projets 2025 soutenus par la Chaire NID

Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon
Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon
Alexandre-Esteban Hernandez ©Amélie Canon

En 2025, cinq projets de diplôme de master ont bénéficié du soutien de la Chaire du NID. Narratif, politique, poétique, le dessin à travers ces projets devient un acte de résistance face à un monde qui s'effondre, se transforme ou résiste à être dit.

    Le dessin comme espace de recherche et de création

    Créée en 2023 grâce au mécénat de la maison Hermès, la Chaire des Nouveaux Imaginaires du Dessin (NID) accompagne les étudiant·es de l’École des Arts Décoratifs – PSL et les élèves de La Renverse autour d’une conviction simple : le dessin n’est pas seulement une technique ou un médium, mais une manière de penser, d’enquêter, de transmettre et d’habiter le monde.

    Chaque année, la Chaire attribue des bourses de soutien à plusieurs projets de diplôme de master pour lesquels le dessin occupe une place centrale. Les projets sont sélectionnés sur dossier par un jury collégial, attentif à la qualité des propositions, à la singularité des démarches et à la place accordée au dessin dans le processus de création.

    « Nous n’avons pas de ligne éditoriale ou de direction artistique prédéfinie. L’idée est de soutenir, au cas par cas, les projets où le dessin apparaît comme particulièrement central, aussi bien comme amorce que comme développement de la recherche. », précise Alexandra Fau, coordinatrice scientifique du NID. 

    Après une première édition consacrée à la notion de soin, l’année 2024-2025 s’est développée autour du thème La voix des ruines. Pensée comme une exploration des traces de l’existant, cette thématique a invité les étudiant·es à interroger les formes de disparition, de mémoire et de reconstruction qui traversent notre époque. 

    Les cinq projets soutenus en 2025 témoignent de la diversité des usages du dessin au sein de l’École. Il y apparaît moins comme une discipline que comme une manière de regarder le monde. Il permet de recueillir des traces, de documenter un patrimoine menacé, d’explorer les transformations du paysage, de construire des récits ou d’enquêter sur les phénomènes du vivant.

    « Le dessin n’est pas forcément le sujet du projet. », souligne Alexandra Fau, « Il peut être un soutien à la recherche, un outil d’archivage, un moyen d’observation ou de transmission. Nous cherchons avant tout à accompagner cette diversité de pratiques. 

    Ces projets ne partagent ni le même médium, ni le même sujet, ni la même ambition formelle. Ce qu'ils ont en commun, c'est une confiance dans le dessin comme outil de connaissance - un dessin qui témoigne, reconstruit, enquête, invente.

    Ils disent aussi quelque chose de leur époque : séismes, glaciers qui fondent, mémoires qui s'effacent, images qui saturent. Travaillant à l'heure de l'anthropocène, ces étudiant·es ont fait du dessin - dans sa lenteur, dans sa résistance à la vitesse des images -  une façon de regarder en face ce qui se transforme, disparaît ou résiste à être dit.

    En soutenant des démarches aussi singulières, la Chaire du NID affirme que le dessin contemporain n'est pas une discipline repliée sur elle-même : c'est une pratique engagée, ancrée, ouverte sur le monde.

    Oscar Guess : Dessiner les traces de la mémoire

    Étudiant en Art-Espace, Oscar Guess a composé un ensemble de peintures, dessins, textes et volumes nourris par des souvenirs fragmentés, des récits personnels et des observations du quotidien. 

    Pendant plusieurs mois, alors qu’il occupait un poste de gardien de salle au Centre Pompidou, il a observé et dessiné les visiteurs absorbés dans la contemplation des œuvres. Ces silhouettes anonymes dialoguent aujourd’hui avec les portraits de son entourage. Le dessin devient alors un moyen de conserver la trace de rencontres éphémères et d’explorer ce qui subsiste lorsque les souvenirs se fragmentent.

    Oscar Guess ©Mathieu Faluomi
    Oscar Guess ©Mathieu Faluomi
    Oscar Guess ©Mathieu Faluomi
    Oscar Guess ©Mathieu Faluomi

    Nesrine El Aouad : Réhabiliter un patrimoine vivant

    Étudiante en Architecture Intérieure, Nesrine El Aouad a consacré son projet à la Kasbah de Telouet, au Maroc, fragilisée par le séisme de septembre 2023. Après plusieurs séjours sur place, elle imagine la réhabilitation du site comme un chantier collectif associant habitants, artisan·es et visiteurs autour de la préservation du patrimoine berbère.

    Au cœur de sa démarche, le dessin devient à la fois un outil d’analyse, de documentation et de transmission. Réalisés à la main, sans recours aux outils numériques, plans, relevés, coupes, maquettes et vues immersives permettent de révéler les savoir-faire qui ont façonné la Kasbah et d’imaginer de nouveaux usages pour ce lieu emblématique.

    Nesrine El Aouad ©Béryl Libault
    Nesrine El Aouad ©Béryl Libault
    Nesrine El Aouad ©Béryl Libault
    Nesrine El Aouad ©Béryl Libault

    Marion Chaix : Inventer de nouveaux récits pour les paysages transformés

    À travers « Ne rien promettre », Marion Chaix, étudiante en Image Imprimée, a déployé une bande dessinée chorale située dans une ancienne station de ski reconstruite après l’effondrement d’un glacier. Quelques décennies après cette catastrophe, une nouvelle communauté habite les lieux.

    Entre réalité et fantastique, le paysage montagneux devient un personnage à part entière. Il influence les comportements, nourrit les récits et semble hanter les habitant·es. À travers cette fiction où se mêlent création artistique, secrets et bouleversements climatiques, Marion Chaix a exploré les liens entre territoire, imaginaire et mémoire collective.

    Marion Chaix ©Amélie Canon
    Marion Chaix ©Amélie Canon
    Marion Chaix ©Amélie Canon
    Marion Chaix ©Amélie Canon

    Alexandre-Esteban Hernandez : Dessiner contre le trop-plein des images

    Avec « Tentative de débordement », Alexandre-Esteban Hernandez, étudiant en Image Imprimée, a développé une bande dessinée expérimentale, construite sans storyboard préalable, et née d’une réflexion sur notre rapport au savoir, aux récits et à l’accumulation des images. 

    Deux histoires s’y croisent : l’exploration d’un monde imaginaire et une forme d’autofiction traversant différents espaces de contemplation. Le dessin y fonctionne comme un outil de dérive et de recherche, capable de faire émerger des liens inattendus entre les êtres, les savoirs et les représentations.

    Son travail se prolongera d’ailleurs au-delà du diplôme puisqu’il fait partie des jeunes diplômé·es sélectionné·es pour embarquer à bord de la résidence à la voile YEKI à l’automne 2026.

    Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon
    Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon
    Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon
    Alexandre-Esteban Herandez ©Amélie Canon

    Garance Petit : Observer le vivant par le dessin

    Avec « La terre qui tremble, qui hurle et qui brûle », Garance Petit, diplômée en Image Imprimée, s’est intéressée aux volcans comme phénomènes géologiques, historiques et imaginaires. Son projet a pris la forme d’une vaste édition mêlant dessins, sérigraphies, monotypes, livrets et documents imprimés.

    À travers un travail de collecte, de lecture et d’observation, elle a construit une sorte d’atlas sensible où se croisent temps géologique, temps humain et instant de l’éruption. Pour elle, le dessin a permis d’approcher ce qui demeure inaccessible : là où la photographie enregistre, le dessin offre une expérience, une immersion dans les matières, les mouvements et les temporalités du vivant.

    Garance Petit ©Amélie Canon
    Garance Petit ©Amélie Canon
    Garance Petit ©Amélie Canon
    Garance Petit ©Amélie Canon

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